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Faut-il transformer sa SASU en SAS pour accueillir de nouveaux associés ?

transformer SASU en SAS

Avec son cadre juridique simple, sa souplesse dans la rédaction des statuts et la possibilité pour le président d’être assimilé salarié, la SASU séduit nombre d’entrepreneurs. En pratique, elle n’est rien d’autre qu’une SAS à associé unique. C’est ce qui la distingue de la SARL ou de l’entreprise individuelle : elle est organisée comme une société par actions, mais ses titres sont détenus par une seule personne. Tant que l’entreprise reste unipersonnelle, les décisions sont prises par l’associé unique et le président. Aucun formalisme d’assemblée n’est requis et les règles de répartition des pouvoirs restent simples. 

Cette organisation légère est séduisante pour démarrer une activité, mais elle peut devenir un frein lorsqu’il s’agit de lever des fonds ou de partager les risques. La question de la transformation se pose donc naturellement à l’approche d’une phase de croissance. 

Pourquoi ouvrir le capital d’une SASU ? 

Si l’on raisonne en termes de besoins, accueillir de nouveaux associés n’est pas une obligation mais un choix stratégique. La SASU est pensée pour fonctionner avec une seule personne, mais les exigences de l’entrepreneuriat moderne conduisent souvent à envisager un élargissement. 

La première raison est financière : lever des fonds permet de financer des investissements, de recruter des talents ou de renforcer la trésorerie. Les apports en capital peuvent provenir d’un investisseur privé, d’un fonds d’investissement ou d’un partenaire stratégique. La deuxième raison est humaine : partager le capital permet d’associer des cadres clés au projet, de fidéliser des salariés ou de faciliter la succession. Dans une petite structure, la présence d’un seul associé accroît l’isolement et multiplie les responsabilités ; l’arrivée d’un partenaire permet de mutualiser les risques et de bénéficier de compétences complémentaires. 

Il est également fréquent que le dirigeant souhaite céder une partie de ses titres pour réaliser un gain personnel ou préparer sa retraite. Un tiers peut ainsi racheter une participation minoritaire ou majoritaire. Dans certains cas, l’unique associé décède ; ses héritiers deviennent associés de facto et la société bascule automatiquement en SAS. Dans tous ces cas, l’entrée d’un nouvel associé fait perdre le caractère unipersonnel sans passer par une transformation formelle. La question devient alors : comment accueillir ce nouvel associé et dans quelles conditions ? 

La cession d’actions : une solution simple pour intégrer un investisseur 

La voie la plus directe pour ouvrir le capital est de vendre une partie des actions détenues par l’associé unique. Cette démarche n’implique pas de procédure de transformation ; elle consiste à transférer des titres à un nouvel investisseur. Avant la vente, il est recommandé de évaluer la valeur de l’entreprise afin de fixer un prix de cession équitable. Cette évaluation peut s’appuyer sur les comptes de l’entreprise, ses perspectives de croissance et la position du marché. Le transfert se matérialise par un contrat de cession d’actions, signé sous seing privé ou devant notaire, qui mentionne le nombre d’actions cédées, le prix convenu et les modalités de paiement. Le cédant doit déclarer la plus-value éventuelle aux impôts et s’acquitter des droits d’enregistrement (0,1 % du prix de cession). La cession est ensuite enregistrée auprès du service des impôts et notifiée à la société pour être inscrite dans le registre des mouvements de titres. 

L’opération est relativement rapide et peu coûteuse comparée à une augmentation de capital. Elle présente toutefois un effet : l’associé unique se dilue et cède une partie de son pouvoir. Par ailleurs, les statuts d’origine d’une SASU ne prévoient pas toujours les règles de gestion d’une société pluripersonnelle. Il est donc impératif d’adapter les statuts avant ou au moment de la cession, notamment pour définir les organes de décision, les modalités de vote et les clauses de protection. Les entrepreneurs sont invités à anticiper cette étape dès la création de la société en rédigeant des statuts suffisamment souples pour fonctionner en SASU comme en SAS

L’augmentation de capital : apporter des fonds et créer de nouvelles actions 

Lorsque l’entrée d’un associé doit s’accompagner d’un apport financier significatif, une augmentation de capital est généralement plus appropriée. Elle consiste à émettre de nouvelles actions au profit du futur associé, qui paie un prix correspondant à la valeur de l’entreprise. Cette solution permet d’injecter des capitaux dans la société sans déposséder l’associé fondateur de ses titres existants. 

Toutefois, elle implique un formalisme plus lourd que la cession. Les dirigeants doivent d’abord vérifier que le capital initial a été intégralement libéré. Sans le cas contraire, le juge peut annuler l’opération. Ensuite, une assemblée générale extraordinaire (ou décision de l’associé unique) doit voter l’augmentation et préciser le montant, le nombre de nouvelles actions et la prime d’émission. La prime d’émission est la différence entre la valeur actuelle de l’action et sa valeur nominale. Elle est versée aux anciens associés pour compenser la dilution. 

Les fonds apportés par le nouvel associé doivent être déposés sur un compte bancaire bloqué, chez un notaire ou à la Caisse des dépôts, puis libérés après l’immatriculation de l’augmentation au registre du commerce. Les statuts doivent être modifiés pour refléter le nouveau montant du capital et le nombre total d’actions. 

Enfin, une annonce légale doit être publiée pour informer les tiers. Cette procédure représente un coût (formalités, honoraires, publication) mais permet de renforcer la structure financière de l’entreprise tout en accueillant un partenaire sans frais d’enregistrement proportionnels au montant de l’apport. Comme pour la cession d’actions, l’augmentation de capital fait passer la SASU en SAS sans formalité de transformation. 

Adapter les statuts : anticiper la vie à plusieurs 

Qu’il s’agisse d’une cession ou d’une augmentation de capital, l’arrivée d’un nouvel associé modifie le fonctionnement interne de l’entreprise. Les statuts initialement pensés pour un seul associé doivent évoluer pour organiser la prise de décision, la répartition des pouvoirs et la protection des intérêts de chacun. Un changement de gouvernance peut être nécessaire : le président reste obligatoire, mais il est souvent utile de nommer un directeur général ou d’autres dirigeants pour partager les responsabilités. 

Les statuts doivent préciser les conditions de nomination et de révocation de ces dirigeants, leurs pouvoirs et la durée de leur mandat. Les règles de quorum et de majorité pour les assemblées doivent être définies avec soin afin d’éviter les blocages. Dans une société pluripersonnelle, certaines décisions comme l’augmentation de capital, la modification des statuts ou la dissolution requièrent une majorité qualifiée. 

Il est également indispensable d’insérer des clauses protectrices. La clause d’agrément permet de soumettre toute cession d’actions à l’accord des associés, évitant l’arrivée d’un indésirable. La clause de préemption offre aux associés existants la priorité pour racheter les actions en cas de départ de l’un d’eux. La clause d’exclusion autorise, dans certains cas spécifiques et encadrés, l’éviction d’un associé dont le comportement mettrait en péril la société. 

D’autres outils, comme les droits de vote double, les actions de préférence ou des engagements de non-concurrence, peuvent être prévus. L’objectif est d’équilibrer la protection de l’associé fondateur et l’attractivité pour de nouveaux investisseurs. Les statuts et les clauses qu’ils contiennent sont publics puisqu’ils doivent être déposés au greffe. 

Pour renforcer la confidentialité, un pacte d’associés peut venir compléter les statuts. Ce document extra-statutaire, non public, précise les droits et obligations des parties : modalités de sortie, interdictions de dilution, mécanisme de révision du prix en cas de vente, etc. Il permet de régler des situations que les statuts ne couvrent pas ou qu’il n’est pas opportun de rendre publiques. 

Conséquences fiscales et sociales du passage à la SAS 

Le passage d’une SASU à une SAS n’entraîne aucun changement de régime fiscal. Dans les deux cas, la société est soumise à l’impôt sur les sociétés, sauf option temporaire pour l’impôt sur le revenu pour les petites entreprises de moins de cinq ans qui souhaitent en bénéficier. L’associé qui cède une partie de ses actions doit cependant déclarer la plus-value réalisée. Celle-ci est soumise à l’impôt et aux prélèvements sociaux, éventuellement avec la possibilité d’appliquer un abattement pour durée de détention selon la législation en vigueur. En cas d’augmentation de capital, il n’y a pas de taxation au niveau de la société sur les apports en numéraire, mais l’associé qui ne libère pas entièrement ses actions peut être mis en cause en cas de litige. 

Au plan social, le statut du président ne change pas : qu’il dirige une SASU ou une SAS, il reste assimilé salarié s’il perçoit une rémunération, affilié au régime général de la sécurité sociale et privé d’assurance chômage. L’arrivée d’un nouvel associé n’a donc pas d’incidence sur sa couverture sociale. 

En revanche, la présence de plusieurs associés peut amener à créer des fonctions de directeur général ou de directeur général délégué. Ces mandataires sociaux bénéficient du même régime social et ne peuvent prétendre à l’assurance chômage. Si le nouvel associé devient également salarié de la société dans le cadre d’un contrat de travail distinct, il bénéficiera d’un double statut : mandataire social pour les décisions qu’il prend en tant qu’associé et salarié pour les fonctions qu’il exerce sous subordination. La jurisprudence exige une dissociation claire des missions pour reconnaître un contrat de travail.

crédit photo : iStock